Paramètres fluctuants
Valérie Mazouin, février 2026
Exposition Le combat ordinaire, galerie AlMa, Montpellier (34), février 2026
En toute innocence, le brouillard touche la cime des arbres ; la forêt vit dans le silence, il lui importe peu d’être envahie par une substance si légère. Plus légère qu’une danse ou une main.
Adnan Etel. Le destin va ramener les êtres sombres, p 193. Éditions Points, collection, Points Poésie.
Cher Pablo,
Sans la nommer, ne pas oublier l’enfance.
Sans la nommer, aimer l’altération de l’adolescence, la libre pensée.
Sans la nommer, inviter l’histoire, celle que tu écris chaque jour de tes gestes, de ces partages de frontières. Tu vois, au plus simple de nos conversations, je retiens qu’il te faut insister et frôler l’épaisseur de la vie dense. Alors, lorsque les nuages s’étirent, ils sont ces mystères propres à conjurer le mauvais sort.
Ils sont aussi la Scille maritime sur les terres sablonneuses ou rocailleuses du littoral méditerranéen, celle qui s’étale, tentant de chasser l’œil tyrannique. Ils sont aussi la valeur sentimentale de la mémoire souple faite de ces parfums de batailles, paysages, couleurs, formes et êtres vulnérables.
En une parade déliée tu tentes de ne jamais te perdre à la résignation.
Valérie Mazouin
Dans sa volonté de protéger les vivants de l’effet exaspérant d’un présent permanent, la nature créa la mémoire. Une évasion. Un repos. Tout ce que je fais est mémoire. Même tout ce que je suis.
Adnan Etel. Le destin va ramener les êtres sombres, p 193. Éditions Points, collection, Points Poésie.
En rythme doux, si les nuages s’envolent tu ne peux plus sourire. La musique, en nappe régulière, ouvre à l’étendue du champ rétréci par des murets de pierres blanches. Sous tes pieds, une herbe sèche, courte, blesse légèrement la peau. Au bord des fossés, en contrebas de la façade sud d’un mas, les lumières s’échappent de la lucarne du sous-sol.
En rythme doux, si les nuages s’envolent tu ne peux plus sourire. Sans le savoir, tu cherches le sens des mots.
Il te fallait t’absenter, conduire, rouler assez longtemps et trimballer ces vies accrochées les unes aux autres. Fort de cette vertu apotropaïque que tu sais de la campagne, l’objet est simple : effleurer, demeurer là. Tu as décidé de t’éloigner un peu.
En rythme doux, si les nuages s’envolent tu ne peux plus sourire. La retenue est-elle en capacité d’éviter un ratage ? Tu cherches toujours à savoir.
Mais savoir quoi ? Il faut être patient avant que le cœur sensible ne s’effondre.
Le vent tord les arbres. Les formes se dissolvent. Leurs apparitions s’étoffent.
En rythme doux, si les nuages s’envolent tu ne peux plus sourire. Les yeux tournés à l’intérieur découvrent un état tapageur, le bruit du cœur cogne fort. Ta parole contre la leur, apprendre à entendre ce qu’ils ont dit.
La baraque prend feu, les sollicitations étreignent. Marionnettes, divergences idéologiques, ta conception des usages s’effritent. Plier, déplier le roulis d’une lisière perméable aux jeux des attentions.
En rythme doux, si les nuages s’envolent tu ne peux plus sourire. Un jeune garçon déboule. Tu ne le connais pas.
Vos deux silhouettes se dessinent sur la fin de cet après-midi en tension de tes récits.
Un signe d’affection réciproque — clin d’œil — l’espace du champ s’épaissit de votre échange rapide.
L’enfant te parle, tu lui réponds. Il vient jouer un peu dehors.
La fête est là… un peu plus haut.
Il s’ennuie. On fait une cabane ? T’es venue pourquoi ? T’es qui ? Interstice.
Ne bougeons plus : l’énigme d’un sourire esquissé en douce reste sur la photo.
Pour Pablo Garcia
De Valérie Mazouin