Plus loin
2026
peinture acrylique sur mur
20x2,5 m x 2
Production Domaine de Roueïre, Centre d’art et du patrimoine

Plus loin, Domaine de Roueïre - Centre d’art et du patrimoine, Quarante (34)
Plus loin transforme ce corridor en un parcours sensible, à la fois géographique et temporel. Le visiteur qui le traverse ne fait pas que se déplacer d’un point à un autre : il chemine le long de l’eau, glisse entre les rives, frôle les berges, longe les ouvrages hydrauliques de différentes époques. La déambulation physique se double d’une traversée dans le temps.
Les douze panneaux articulent nature, architecture ancienne et contemporaine dans un dialogue continu. Les éléments du paysage se mêlent à des fragments plus contemporains, témoins de l’évolution des usages. Car c’est bien là le cœur du propos : montrer comment un ouvrage conçu au XVIIe siècle pour le transport des marchandises, utilitaire et économique dans son essence, s’est progressivement mué en espace de promenade et de plaisance, sans pour autant renoncer à sa fonction première de structuration du territoire.
Le canal du Midi n’est pas un décor. Il est une colonne vertébrale, un axe qui organise les paysages qu’il traverse, crée des points de vue, impose ses propres perspectives. La peinture cherche à restituer cette qualité particulière : une géographie qui se révèle par fragments, par plans successifs, comme on la découvre depuis le pont d’une péniche ou depuis le chemin de halage.

La composition en panneaux multiples, disposés en vis-à-vis, introduit un rythme, une respiration. Entre chaque panneau, l’intervalle est une pause, un espace entre deux rives. L’ensemble forme une image totale que le regard reconstitue progressivement, comme on reconstitue un souvenir — ou un paysage que l’on a longé sans jamais vraiment s’y arrêter.
Au cœur de l’installation, un texte de Valérie Mazouin accompagne le visiteur dans sa déambulation poétique, amenant un point de vue supplémentaire sur ce paysage et cette plongée dans la couleur.
La brutalité du ciel liquide, l’été, l’hiver, l’été, l’automne
Quelques jours auprès de l’eau, ravivent le chavirement des cieux en surface ;
Absorber le jour, revenir à fleur des temps vieillis.
Fraîchement lavée, la nue se frotte à l’orage.
Avec la curiosité du soupçon des secrets s’invitent les pas.
Profiter des souvenirs sans cesser d’aimer l’aujourd’hui.
À la suite des découvertes et des inventions, le noir des tracés sinueux du canal livre l’avidité des années.
Fraîchement lavée, la nue se frotte à l’orage
Profiter au maximum
Altostratus, Cirrus se brouillent en floppée.
L’épaisseur de l’air s’aligne aux terres sèches.
C’est alors qu’un amour se sacrifie à la densité des mondes
Fraîchement lavée la nue se frotte à l’orage
Accolades franches
Les Retrouvailles heureuses dans le bleu du ciel appellent au discernement des images.
L’eau et le ciel se regardent
nous font jouir d’une victoire apaisée.
Fraîchement lavée la nue se frotte au cœur
Je n’ai pas besoin de vous convaincre.
Sans indifférence ni à distance des préoccupations collectives, l’intime s’écrit entre ciel et eau.
Sans distance des préoccupations collectives, l’intime s’écrit au creux des eaux, en légèreté des horizons fournis.
Les ruses minées de trop de soucis destinés au futur, le courant pâlit. Répétitif l’esprit de nature se mêle aux confluences aimables. L’encouragement venteux, assemblage d’un vivant palpable, croule sur le roc embrasse la boue.
Fraîchement lavée la nue se frotte au cœur
Ce projet s’inscrit dans le cadre des célébrations de l’inscription du canal du Midi au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette reconnaissance internationale invite à regarder l’ouvrage de Riquet non seulement comme un chef-d’œuvre d’ingénierie, mais comme un bien commun vivant, en perpétuelle négociation entre mémoire et présent. La peinture murale participe, à sa mesure, de cet acte de transmission.
Crédits photos et video : Aloïs Aurelle